Witness

Livre III – épisode 82

Couloir du château, nuit. Lancelot se tient devant la porte d'Arthur, Kadoc derrière lui.
Arthur (Ouvre sa porte.) Qu'est-ce qui se passe ?
Lancelot Je suis désolé de vous lever du lit en pleine nuit, Sire, mais c'est très urgent.
Arthur (Désignant Kadoc.) Et lui qu'est-ce qu'il fout là ?
Lancelot Il m'a entendu marcher dans le couloir, depuis il me suit partout. Pas moyen de m'en débarrasser. (À Kadoc.) Allez vous coucher ! (À Arthur.) J'en ai un peu marre.
Arthur Surtout qu'il risque pas d'aller se coucher, il dort jamais. Bon dites, qu'est-ce que c'est qui est urgent ?
Lancelot Le problème c'est que c'est limite secret militaire... j'aurais bien aimé m'entretenir seul à seul avec vous.
Arthur Ah mais vous pouvez y aller, il comprend rien.
Lancelot Mais il comprend rien... rien ?
Arthur (À Kadoc.) Hé ! Comment je m'appelle ?
Kadoc Kaamelott ?
Arthur (À Lancelot.) Vous voyez...
(Ouverture.)
Couloir du château, nuit. Arthur et Lancelot discutent devant la chambre d'Arthur ; Kadoc se tient non loin.
Lancelot C'est sûr que d'un point de vue purement stratégique, y aurait pas à hésiter. La première ligne s'avance, bon on perd ce qu'on perd, mais au moins on crée la ligne de front.
Arthur Hé ben alors ? Qu'est-ce qu'il y a qui va pas, là ?
Lancelot Ben il se trouve qu'en l'occurrence, les premières lignes c'est que des novices. Par le hasard des affectations, ce sont de jeunes soldats qui se retrouvent devant.
Arthur Le hasard des affectations et éventuellement les vieux soldats qui ont envoyé les jeunes au casse-pipe.
Lancelot Euh... c'est possible euh... je sais pas le détail, non plus.
Arthur Donc là si on avance la première ligne, on envoie les jeunes se faire charcuter.
Lancelot Voilà !
Arthur Excusez-moi mais ça m'étonne de vous voir en faire un cas de conscience. Ça vous ressemble pas, ça.
Lancelot Et parce que c'est quoi qui me ressemble ? Envoyer tout le monde au saloirenvoyer au saloir (expr.) Envoyer dormir et, par extension, envoyer se faire tuer.
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sans en avoir rien à foutre ?
Arthur Non non mais c'est très bien, attention, et j'aime autant vous dire, je préfère hein...
Lancelot Bon, des fois on n'a pas le choix, il faut sacrifier les jeunes.
Arthur Ouais, et là on peut faire autrement ?
Lancelot On repousse l'assaut à demain, nous deux on part dans une heure, et sur place on réorganise les troupes avant le lever du soleil.
Arthur OK, on fait ça. (Retourne se coucher.)
Lancelot (À Kadoc.) Allez vous coucher ! (Part.)
Salle des novices, jour. Le maître d'armes donne cours.
Le maître d’armes C'est pourtant simple ! Je vous demande de me citer un commandement de chef de guerre que nous pourrions analyser. Essayez simplement de vous souvenir d'une phrase que vous auriez entendu prononcer par le roi, par le seigneur Lancelot...
Kadoc « Des fois, on n'a pas le choix, faut sacrifier les jeunes. »
Le maître d’armes Qu'est-ce que vous dites ?
Kadoc C'est le grand qu'a dit.
Le maître d’armes Qui ça ? Je comprends... je comprends rien...
Yvain « Le grand » c'est le seigneur Lancelot, il l'appelle toujours comme ça.
Le maître d’armes Et qu'est-ce qu'il a dit, le seigneur Lancelot ?
Kadoc « Des fois, on n'a pas le choix, faut sacrifier des jeunes. »
(Un silence pesant s'installe.)
Couloir du château, nuit. Arthur, Lancelot et le maître d'armes discutent devant la chambre d'Arthur.
Le maître d’armes Évidemment qu'ils veulent plus se battre avec des concepts à la con comme les vôtres...
Lancelot Premièrement c'est une vérité, et deuxièmement ça n'aurait jamais dû sortir de ce couloir.
Le maître d’armes Toutes les vérités ne sont pas bonnes à...
Arthur Oui non d'accord, non mais c'est bon. Donc les jeunes soldats refusent de se battre.
Lancelot Ils refusent même de quitter le château. C'est votre beau-frère qui leur monte le bourrichon« monter le bourrichon (de quelqu'un) » (loc.) Exalter, exciter quelqu'un
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.
Le maître d’armes Et vous savez ce qu'il leur dit pour les remonter contre nous ? Qu'ils sont les bouches émissaires du gouvernement !
Arthur Les « bouches émissaires » ?
Lancelot En tout cas les autres ils ont l'air de comprendre. Ils refusent de bouger.
Arthur Enfin bon, on peut toujours envoyer les soldats expérimentés, ça nous laisse le temps de régler le problème.
Lancelot Les soldats expérimentés refusent de bouger.
Arthur Quoi ? Bah... c'est pas vrai, qu'est-ce qui leur prend à ceux-là ?
Le maître d’armes C'est soi-disant par solidarité avec les jeunes recrues, ils soutiennent le mouvement. « Une nation qui ne prend pas soin de sa jeunesse est une nation malade », et je vous passe les détails...
Arthur Bon ben alors, qu'est-ce qu'on fait ?
Le maître d’armes Il faut faire un démenti.
Lancelot Vous annoncez officiellement qu'on n'a jamais dit ça, et qu'il a toujours été formellement exclu de sacrifier les jeunes soldats à des fins stratégiques.
Le maître d’armes En espérant que ça suffise.
(Fermeture.)
Couloir du château, nuit. Arthur, Lancelot et le maître d'armes discutent devant la chambre d'Arthur.
Arthur Mais qu'est-ce qui se passe encore ?
Lancelot Depuis que vous avez annoncé qu'on sacrifiait plus les jeunes, les anciens refusent de se battre.
Arthur Mais pourquoi ?
Le maître d’armes Ils voient pas l'intérêt de persévérer dans l'armée si après dix ans de carrière ils peuvent pas envoyer les jeunes à leur place.
Arthur Bon ben envoyez les jeunes, en tout cas... on peut déjà faire ça.
Lancelot Non non, les jeunes ne veulent pas se battre...
Arthur Mais pourquoi ?
(Noir.)
Lancelot Par solidarité avec les anciens.
(Stab final.)